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Je m'y prends un peu tard pour le bus d'Antigua dont le terminal est très excentré et ne peux qu'accrocher celui de 14h30 pour Chemaltenango, carrefour routier sans intérêt. Le bus m'arrête pour la correspondance que rien n'indique et j'arrive à Antigua à la nuit tombante, ce que j'évite autant que possible en temps normal pour avoir le temps de choisir un hôtel.
Un employé de l'INGUAT (office du tourisme guatémaltèque) propose de m'aider à trouver un hôtel à la descente du bus. Je suis un peu méfiant, c'est la première fois qu'on me propose ce genre de service gratuit. Il a un badge officiel et me fait comprendre que pendant la semaine Sainte qui débute, peu d'hôtels sont accessibles sans réservation. J'accepte. Il nous faudra quatre tentatives pour finalement trouver une chambre, libre pour cette nuit seulement !
Les cérémonies religieuses de la semaine Sainte sont populaires et célébrées
partout dans le Guatemala. Elles sont l'occasion de manifestations étonnantes
et Antigua est connue dans tout le pays pour le faste et la solennité
de ses fêtes. Voici ce qu'en dit très bien Mario Antonio Sandoval, éditorialiste
à la Prensa Libre, dans l'édition du jour :
"La célébration
de la semaine Sainte est le phénomène culturel guatémaltèque le plus important,
parce qu'il transcende le purement religieux pour se convertir dans la plus
claire manifestation de la guatémalité. [...] Tout se convertit en une unité,
un kaléidoscope dans lequel tout se manifeste dans un désordre ordonné, unique,
impossible à emprisonner dans un seul de ses éléments. En somme, c'est éminemment
guatémaltèque."
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Après avoir trouvé un nouvel hôtel, le Santa
Lucia 2, détour par le bureau de l'INGUAT pour avoir les horaires des
festivités. Accueil en anglais très efficace. S'ensuit une longue flânerie.
Les maisons colorées, les rues pavées et les vestiges espagnols saupoudrés un
peu partout (portes sculptées en bois, encorbellements, vieilles façades) confèrent
un charme indéniable à la ville
.
Les vieilles ruines datant de l'époque espagnoles et assez décrépites il
faut bien le dire, participent à la patine générale.
Il y a pas moins de 19 églises pour une population comparativement assez
modeste de 35 000 habitants...
La Merced est sans doute la plus flamboyante avec sa façade rococo jaune
vif. Celle de San Francisco est plus classique mais néanmoins assez
jolie avec ces nombreuses sculptures en pierre. A l'intérieur, on découvre la
ferveur des fidèles pour Pedro de San Jose Betancourt, un saint local
mort en 1667. Ils font la queue devant un ex-voto chargé qui lui est dédié
.
Des statues du Christ ou de la sainte Vierge, habillées de riches atours, sont
également l'objet de la dévotion des fidèles
.
Des files d'attente se forment à leurs pieds pour baiser une main, un pan de
tissu ou le bois d'une croix.
Dans les deux églises, il y a d'étonnants alfombras qui font plusieurs
mètres de long. Ce sont des tableaux d'inspiration biblique faits à même le
sol avec de la sciure colorée d'anilline. Leur fabrication avec des pochoirs
et des tamis dure des heures. Ces oeuvres éphémères aux couleurs aussi éclatantes
et gaies que les tissages traditionnels seront détruites au cours d'une
célébration de la semaine. Cette tradition remonte à l'époque pré-hispanique
comme en témoignent des chroniques espagnoles du 16ème siècle mentionnant celles
utilisées par les seigneurs et prêtres de la théocratie traditionnelle et faites
de fleurs et de plumes précieuses. Les espagnols, qui connaissaient aussi
ces tapis colorés, imposèrent une interprétation catholique. Les alfombras qui
sont ici, sont complétés de nombreux fruits, fleurs ou légumes ainsi qu'avec
du pain...
Fin de la journée autour du parc central où une procession passe devant
la cathédrale à la nuit tombée
.
Une vingtaine d'adolescents en aubes violettes portent un palanquin
où trône une statue vue cet après-midi à La Merced. L'ensemble est précédé
de porteurs de croix et suivi d'une fanfare solennelle qui joue une marche funèbre.
La foule ne suit pas le cortège mais le regarde simplement passer.
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Les festivités prennent de l'ampleur petit à petit. La foule grossit sur
le parc central où une femme harangue avec hargne et véhémence un cercle de
spectateurs autour d'elle. Il y est question de Jesucristo, mais à part
ça... Des vendeuses ambulantes proposent avec insistance leurs marchandises
.
Un marchand de bulles de savon égrène ses productions au vent qui passe.
A 14h une procession d'enfants démarre de La Merced pour sillonner
la ville pendant ... 6h ! Une trentaine de gamins et 6 ou 7 adultes portent
tout du long, avec des relais quand même, un palanquin où siège un Christ
portant sa croix
.
Suit l'inévitable orchestre aux airs funèbres qui rythme la marche de la procession.
Des marchands vendent par brassées entières des aiguilles de pins de 30 centimètres
en guise de palmes que les spectateurs jettent devant le convoi
.
Quelques employés municipaux et un camion suivent le cortège de près pour tout
ramasser... Les parents sont manifestement fiers de leur progéniture qu'ils
photographient solennellement devant le porche des églises.
Je finis la journée en dînant dans un troquet aux plats typiques, tel qu'il se définit lui-même. Musique locale enlevée, hommes entre deux âges devant des Gallos (bière locale) de un litre en file indienne sur les tables, des tortillas à portée de mains. Discussions animées à fortes voix, pas seulement à cause de la musique... Pas de ventilateurs pour dissiper la fumées des cigarettes qu'ils fument sans discontinuer. Aux murs, un trophée de bouquetin, deux paires de cornes de vache, des portraits du Christ surmontés de fer à cheval ou entourés de bougies. La nuit s'épaissit.
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La ville se remplit de plus en plus, de touristes, autochtones
et étrangers, de marchands et de processionnaires déguisés. Il y a deux processions
aujourd'hui, sillonnant la ville de midi jusqu'à ... 22 h. Elles s'étoffent
elles aussi. On retrouve toujours un immense palanquin surmonté d'une scène
biblique maintenant porté par une bonne quarantaines de personnes. Les porteurs
marche du même pas cadencé par la fanfare et le palanquin ressemble à un étrange
navire chaloupant sur la foule. Deux colonnes de figurants précèdent le cortège
.
Ce sont des romains avec oriflammes, cuirasses et casques surmontés d'une tête
de balai en guise de panache que l'on remarque à peine. A l'avant, deux condamnés
entravés font figure de mauvais larrons pendant que Ponce Pilate, entouré de
quelques tribuns, interpelle la foule depuis son char en énonçant les motifs
de la crucifixion. Le parc central accueille une foule bigarrée où l'ambiance
est gaie et bon enfant, à peine plus recueillie au passage du cortège.
Il y a beaucoup de familles et plein d'enfants jouent partout à qui mieux mieux
.
Les familles de 5 enfants sont monnaie courante et on voit beaucoup de tendresse
chez les parents. Ambiance plus religieuse, le soir devant la cathédrale, où
des centaines de bougies s'allument au passage du cortège
.
En rentrant à l'hôtel la nuit venue, j'assiste à l'élaboration d'un alfombras
dans la rue
.
En fait, bientôt, la plupart des rues en seront recouvertes. Loin d'être réservées
aux églises, ces créations sont l'expression votive d'un véritable art populaire.
Chaque famille ou chaque pâté de maison élabore le sien en remerciement d'un
miracle ou d'une grâce particulière. Dans toute la ville, partout où la procession
passera le lendemain (à partir de 6h du matin !), chacun s'active avec entrain
à la réalisation. Ces créations ne dureront que quelques heures avant que les
porteurs de palanquins ne les foulent aux pieds.
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Il est à peine 6h30 et une foule déjà importante accompagne l'imposant
cortège
.
Des dizaines d'alfombras couvrent les rues. Il y en a de toutes sortes et de
toutes compositions. Les plus vifs sont faits de motifs réalisés au pochoir
par couches successives de sciures de toutes les couleurs
.
Les plus odoriférants sont réalisés avec des fleurs ou leurs pétales qui parfument
des rues entières de senteurs délicates
.
D'autres sont faits de toute une panoplie de produits naturels : aiguille de
pins, blé, pois, haricots, tomates, herbes, carotte, mangue, fèves de café,
ananas, écorces d'arbres, feuilles de toutes sortes. La plupart sont d'inspiration
biblique ou plus simplement naturelle. La procession les détruits irrémédiablement
et certains seront refaits plusieurs fois dans la journée, le cortège passant
plusieurs fois dans certaines rues... On les arrose souvent pour maintenir la
fraîcheur des plantes et éviter leur dissipation par le vent.
La foule ne cesse d'augmenter et il devient pénible de circuler dans les
rues noires de monde.
Le cortège se noie sous des nuées d'encens pendant que d'immenses haut parleurs
retransmettent les cérémonies.
Je rentre tôt, soulagé d'échapper à la cohue mais encore émerveillé. Demain, levé à 3h pour passer au Honduras !
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