Antigua J'adore !!! Un vrai kaleidoscope magiqueJ'adore !!! Un vrai kaleidoscope magiqueJ'adore !!! Un vrai kaleidoscope magique

 


BudgetHotel Lundi 9 Avril

Je m'y prends un peu tard pour le bus d'Antigua dont le terminal est très excentré et ne peux qu'accrocher celui de 14h30 pour Chemaltenango, carrefour routier sans intérêt. Le bus m'arrête pour la correspondance que rien n'indique et j'arrive à Antigua à la nuit tombante, ce que j'évite autant que possible en temps normal pour avoir le temps de choisir un hôtel.

<il faut java pour voir les images>

Un employé de l'INGUAT (office du tourisme guatémaltèque) propose de m'aider à trouver un hôtel à la descente du bus. Je suis un peu méfiant, c'est la première fois qu'on me propose ce genre de service gratuit. Il a un badge officiel et me fait comprendre que pendant la semaine Sainte qui débute, peu d'hôtels sont accessibles sans réservation. J'accepte. Il nous faudra quatre tentatives pour finalement trouver une chambre, libre pour cette nuit seulement !

Les cérémonies religieuses de la semaine Sainte sont populaires et célébrées partout dans le Guatemala. Elles sont l'occasion de manifestations étonnantes et Antigua est connue dans tout le pays pour le faste et la solennité de ses fêtes. Voici ce qu'en dit très bien Mario Antonio Sandoval, éditorialiste à la Prensa Libre, dans l'édition du jour :
"La célébration de la semaine Sainte est le phénomène culturel guatémaltèque le plus important, parce qu'il transcende le purement religieux pour se convertir dans la plus claire manifestation de la guatémalité. [...] Tout se convertit en une unité, un kaléidoscope dans lequel tout se manifeste dans un désordre ordonné, unique, impossible à emprisonner dans un seul de ses éléments. En somme, c'est éminemment guatémaltèque."

 


BudgetHotel Mardi 10 Avril

Après avoir trouvé un nouvel hôtel, le Santa Lucia 2, détour par le bureau de l'INGUAT pour avoir les horaires des festivités. Accueil en anglais très efficace. S'ensuit une longue flânerie. Les maisons colorées, les rues pavées et les vestiges espagnols saupoudrés un peu partout (portes sculptées en bois, encorbellements, vieilles façades) confèrent un charme indéniable à la ville Arche antique. Les vieilles ruines datant de l'époque espagnoles et assez décrépites il faut bien le dire, participent à la patine générale.

Il y a pas moins de 19 églises pour une population comparativement assez modeste de 35 000 habitants... La Merced est sans doute la plus flamboyante avec sa façade rococo jaune vif. Celle de San Francisco est plus classique mais néanmoins assez jolie avec ces nombreuses sculptures en pierre. A l'intérieur, on découvre la ferveur des fidèles pour Pedro de San Jose Betancourt, un saint local mort en 1667. Ils font la queue devant un ex-voto chargé qui lui est dédié Ex voto. Des statues du Christ ou de la sainte Vierge, habillées de riches atours, sont également l'objet de la dévotion des fidèles Statue veneree. Des files d'attente se forment à leurs pieds pour baiser une main, un pan de tissu ou le bois d'une croix.

Dans les deux églises, il y a d'étonnants alfombras qui font plusieurs mètres de long. Ce sont des tableaux d'inspiration biblique faits à même le sol avec de la sciure colorée d'anilline. Leur fabrication avec des pochoirs et des tamis dure des heures. Ces oeuvres éphémères aux couleurs aussi éclatantes et gaies que les tissages traditionnels seront détruites au cours d'une célébration de la semaine. Cette tradition remonte à l'époque pré-hispanique comme en témoignent des chroniques espagnoles du 16ème siècle mentionnant celles utilisées par les seigneurs et prêtres de la théocratie traditionnelle et faites de fleurs et de plumes précieuses. Les espagnols, qui connaissaient aussi ces tapis colorés, imposèrent une interprétation catholique. Les alfombras qui sont ici, sont complétés de nombreux fruits, fleurs ou légumes ainsi qu'avec du pain...

Fin de la journée autour du parc central où une procession passe devant la cathédrale à la nuit tombée Procession nocturne. Une vingtaine d'adolescents en aubes violettes portent un palanquin où trône une statue vue cet après-midi à La Merced. L'ensemble est précédé de porteurs de croix et suivi d'une fanfare solennelle qui joue une marche funèbre. La foule ne suit pas le cortège mais le regarde simplement passer.

 


BudgetHotel Mercredi 11 Avril

Les festivités prennent de l'ampleur petit à petit. La foule grossit sur le parc central où une femme harangue avec hargne et véhémence un cercle de spectateurs autour d'elle. Il y est question de Jesucristo, mais à part ça... Des vendeuses ambulantes proposent avec insistance leurs marchandises Le doute de la marchande. Un marchand de bulles de savon égrène ses productions au vent qui passe.

A 14h une procession d'enfants démarre de La Merced pour sillonner la ville pendant ... 6h ! Une trentaine de gamins et 6 ou 7 adultes portent tout du long, avec des relais quand même, un palanquin où siège un Christ portant sa croix Procession enfantine. Suit l'inévitable orchestre aux airs funèbres qui rythme la marche de la procession. Des marchands vendent par brassées entières des aiguilles de pins de 30 centimètres en guise de palmes que les spectateurs jettent devant le convoi Les marchands de palmes. Quelques employés municipaux et un camion suivent le cortège de près pour tout ramasser... Les parents sont manifestement fiers de leur progéniture qu'ils photographient solennellement devant le porche des églises.

Je finis la journée en dînant dans un troquet aux plats typiques, tel qu'il se définit lui-même. Musique locale enlevée, hommes entre deux âges devant des Gallos (bière locale) de un litre en file indienne sur les tables, des tortillas à portée de mains. Discussions animées à fortes voix, pas seulement à cause de la musique... Pas de ventilateurs pour dissiper la fumées des cigarettes qu'ils fument sans discontinuer. Aux murs, un trophée de bouquetin, deux paires de cornes de vache, des portraits du Christ surmontés de fer à cheval ou entourés de bougies. La nuit s'épaissit.

 


BudgetHotel Jeudi 12 Avril

La ville se remplit de plus en plus, de touristes, autochtones Les trois graces et étrangers, de marchands et de processionnaires déguisés. Il y a deux processions aujourd'hui, sillonnant la ville de midi jusqu'à ... 22 h. Elles s'étoffent elles aussi. On retrouve toujours un immense palanquin surmonté d'une scène biblique maintenant porté par une bonne quarantaines de personnes. Les porteurs marche du même pas cadencé par la fanfare et le palanquin ressemble à un étrange navire chaloupant sur la foule. Deux colonnes de figurants précèdent le cortège Les figurants. Ce sont des romains avec oriflammes, cuirasses et casques surmontés d'une tête de balai en guise de panache que l'on remarque à peine. A l'avant, deux condamnés entravés font figure de mauvais larrons pendant que Ponce Pilate, entouré de quelques tribuns, interpelle la foule depuis son char en énonçant les motifs de la crucifixion. Le parc central accueille une foule bigarrée où l'ambiance est gaie et bon enfant, à peine plus recueillie au passage du cortège. Il y a beaucoup de familles et plein d'enfants jouent partout à qui mieux mieux Jeux d'enfants. Les familles de 5 enfants sont monnaie courante et on voit beaucoup de tendresse chez les parents. Ambiance plus religieuse, le soir devant la cathédrale, où des centaines de bougies s'allument au passage du cortège La cathedrale nocturne.

En rentrant à l'hôtel la nuit venue, j'assiste à l'élaboration d'un alfombras dans la rue Les faiseurs. En fait, bientôt, la plupart des rues en seront recouvertes. Loin d'être réservées aux églises, ces créations sont l'expression votive d'un véritable art populaire. Chaque famille ou chaque pâté de maison élabore le sien en remerciement d'un miracle ou d'une grâce particulière. Dans toute la ville, partout où la procession passera le lendemain (à partir de 6h du matin !), chacun s'active avec entrain à la réalisation. Ces créations ne dureront que quelques heures avant que les porteurs de palanquins ne les foulent aux pieds.

 


BudgetHotel Vendredi 13 Avril

Il est à peine 6h30 et une foule déjà importante accompagne l'imposant cortège Long cortege. Des dizaines d'alfombras couvrent les rues. Il y en a de toutes sortes et de toutes compositions. Les plus vifs sont faits de motifs réalisés au pochoir par couches successives de sciures de toutes les couleurs Le Che en Christ. Les plus odoriférants sont réalisés avec des fleurs ou leurs pétales qui parfument des rues entières de senteurs délicates Parfum d'alfombras. D'autres sont faits de toute une panoplie de produits naturels : aiguille de pins, blé, pois, haricots, tomates, herbes, carotte, mangue, fèves de café, ananas, écorces d'arbres, feuilles de toutes sortes. La plupart sont d'inspiration biblique ou plus simplement naturelle. La procession les détruits irrémédiablement et certains seront refaits plusieurs fois dans la journée, le cortège passant plusieurs fois dans certaines rues... On les arrose souvent pour maintenir la fraîcheur des plantes et éviter leur dissipation par le vent.

La foule ne cesse d'augmenter et il devient pénible de circuler dans les rues noires de monde. Petit pharisien boudeur Le cortège se noie sous des nuées d'encens pendant que d'immenses haut parleurs retransmettent les cérémonies.

Je rentre tôt, soulagé d'échapper à la cohue mais encore émerveillé. Demain, levé à 3h pour passer au Honduras !

Quetzaltenango

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