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Départ à 9h en lancha pour Rio
Dulce. Je me mets à l'arrière pour éviter les éclaboussures mais le
batelier est attentif et personne ne sera mouillé cette fois. Jolie balade encore
une fois avec, au départ, un étonnant balai de centaine de cormorans alignés
au cordeau et filant au ras des flots. ![]()
Je prends le bus de Guatemala qui passe par Quirigua en demandant au contrôleur de m'avertir quand nous arriverons à destination. Pas de problème m'assure-t-il. Las, il voit un homme blanc, la cinquantaine au cheveux blancs !!, descendre à l'arrêt et pense que c'est moi ! Je m'apercevrai trop tard de la méprise. Tant pis pour Quirigua, j'irai directement à la prochaine étape, Panajachel, pour éviter deux jours de voyage rien que pour l'aller et retour (Quirigua est à 6h de route de la capitale...). Ca fait partie des inconvénients de ne pas maîtriser la langue du pays, j'assume. Disons que c'est un mauvais poisson d'Avril avec un jour d'avance.
A l'arrivée, l'hôtel Spring est complet et je me rabats sur le Chalet Suizo moins sympathique même si de nombreux routards y viennent.
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Levé à 5h45. Je vais à pied jusqu'au terminal de bus. Les rues ne sont pas désertes en ce dimanche mais il n'y a pas grand monde. L'ordonnancement rectiligne des rues est apparemment simple mais les bouts de rues ou d'avenues sont assez introuvables. Je maudis la lourdeur de mon sac. Bon, l'avenue centrale, ça va, je suis dessus, la calle 20, je vois, la 21 aussi, où se cache donc la 20a ?! Je tourne un peu en rond, les noms de rue ne sont pas marqués systématiquement. Le quartier commence à m'inspirer moyennement avec ce gros dépôt d'ordures que des employés municipaux déplace ailleurs à grands coups de pelle dans des camions bennes. Je finis par demander conseil avec mon espagnol de bazar à un jeune couple en habits du dimanche. Très gentils, ils m'accompagnent, ils ne savent pas trop où est cette compagnie de bus. Quinze mètres plus loin dans la rue, c'est là... J'étais au bon endroit mais il n'y a pas vraiment de signe distinctif et le nom de la compagnie est partiellement caché. Le prochain bus part à 7h, je remercie mes aimables guides et m'assieds sur le trottoir en attendant.
Un petit cireur de chaussure d'à peine 12 ans, peut-être moins, m'aborde. Il a les mains noires de cirage (étalé à mains nues la plupart du temps) et une petite sacoche avec son matériel sur l'épaule. Il essaie de me dire des choses, connaît deux phrases en anglais, "fight them" et "fuck you". Il me parle visiblement de ce qu'il fait, veut savoir où je vais, où est mon sac, je lui réponds tant bien que mal. Je lui donne des petits gâteaux ainsi qu'à son copain, aussi démuni, qui vient d'arriver. Ce n'est pas grand chose.
Le bus part et se remplit petit à petit, le contrôleur criant périodiquement la destination finale par la porte ouverte, haranguant les passants de la voix et d'un curieux signe de la main. Il n'arrête pas d'actionner le klaxon qui ressemble à une corne de brume. Il y a une espèce de frénésie à chaque montée et descente de passagers comme si s'arrêter était sacrilège. Un peu avant Solola, dernière étape avant Panajachel, le bus est plein comme un oeuf avec trois personnes par rangée de sièges et la travée centrale remplie de gens debout. Impressionnant.
Les femmes portent leur enfant dans le dos et leur donnent le sein le plus naturellement du monde. Elles sont maintenant habillées avec des tissus très colorés. Elles portent des jupes longues et des huipiles, sorte de chemises sans manche, magnifiquement brodées dans des nuances vives et selon des motifs propres à chaque village. La plupart ont également un tzute, pièce d'étoffe rectangulaire, sur la tête ou en bandoulière pour porter leur enfant. Les hommes ne sont pas en reste avec des jupes dans des tons un peu moins éclatants, portées seules ou sur ... un pantalon. Ils ont aussi souvent de grands chapeaux blancs à larges bords et de hautes bottes.
Je trouve un hôtel pas cher et au gérant jeune et sympa près de l'embarcadère.
La brume de fin d'après-midi masque le lac, on devine à peine les volcans derrière,
j'espère que ce n'est que passager...
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Nuit agitée à cause d'une bamboula très bruyante sur la plage (même avec mes bouchons d'oreilles, c'est dire). Je change donc d'hôtel pour m'éloigner du rivage du lac un peu trop agité.
Le lac le plus beau du monde, comme le proclame la pub, est aussi embrumé
qu'hier
.
Pana, comme tout le monde appelle Panajachel à la mode guatémaltèque
qui consiste à avoir des noms officiels compliqués et de plus simples pour l'usage
courant (ce qui ne facilite pas les transports), ainsi Xela (prononcez
sheila) est le diminutif de ... Quetzaltenango,
ça ne s'invente pas ! Pana, donc, est un curieux mélange à deux faces.
Pendant le week-end les touristes, aussi bien locaux qu'étrangers, envahissent
tout, le prix des hôtels double, les vendeurs de souvenirs se multiplient, les
voitures de sports vrombissent dans les petites rues, l'hôtel 4 étoiles coupé
du village fait le plein, sans oublier, fin du fin, les motards frimeurs habillés
de cuir. Pendant la semaine, la vie normale reprend son cours habituel. Les
grosses cylindrées disparaissent et on s'aperçoit que les jolis tissus des étals
sont produits dans les villages alentours où les vendeurs retournent tout les
soirs. Les hippies qui vendent aussi leur production de colliers et de bracelets
divers sont plutôt harmonieusement intégrés à la population locale. Passé le
vernis touristique, il y a bien une vie authentique et traditionnelle dans ce
village.
Au détour de la presse locale, que j'essaie de lire régulièrement, j'apprends avec grande joie que Milosevic s'est fait arrêté. Excellente nouvelle, espérons qu'un procès en profondeur s'ensuivra, rien de moins sûr...
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Sous la brume qui décidément ne bouge pas d'un poil, je vais visiter trois villages assez connus autour du lac. Je paye l'ensemble du circuit, c'est un peu contraignant sur les horaires de départ et d'arrivée mais moins cher que chaque trajet pris séparément.
San Pedro La Laguna n'a pas beaucoup d'intérêt. Son petit marché
est assez typique avec ses vendeuses et leur costume mais c'est à peu près tout.
Chose que l'on retrouve ailleurs, avec sans doute un peu plus de touristes
il est vrai. ![]()
Santiago Atitlan est nettement plus touristique. J'ai bien sûr voulu
voir Maximon, l'effigie d'un saint local révéré qui change de maison
chaque année et qui est portée en procession pendant la semaine sainte. Un gamin
m'y mène pour une pièce à deux pas de l'embarcadère.
Le mannequin de St Simon est assez impressionnant avec ses lunettes noires,
son cigare en barreau de chaise, argent et bouteilles de bière à ses pieds.
Ajoutez un autre mannequin à tête de mort (St Thomas ?), un Christ bébé dans
une boîte en verre et une madonne en prière, tout cela dans une semie obscurité,
une bonne dose d'encens et quelques poivrots faisant la manche à l'entrée, et
vous ressortez de là avec un sentiment d'étrangeté qui ne vous quitte qu'après
quelques pas à l'air libre. Près de la place du marché d'autres gamins tenteront
de m'emmener voir un autre Maximom, le vrai d'après eux... Et bien, le
premier m'a paru assez véridique et je m'en contenterai. ![]()
San Antonio Palopo est le village le plus charmant à mon goût. Petites
maisons serrées les unes contre les autres toutes reliées par un dédale d'escaliers
tortueux qui réserve des vues toujours surprenantes sur le lac, de petites
cours intérieures ou des plantations en étages. On peut y voir aussi des femmes
travaillant sur de petits métiers à tisser qui vous inviteront facilement à
entrer dans l'espoir d'une vente.
Dans tous ces villages, un peu moins dans le dernier, il n'est malheureusement pas rare que les enfants vous sollicitent avec insistance, sans même un bonjour, pour une pièce ou un stylo. La rançon de la rencontre entre le tourisme et la pauvreté, certains de ces villages ayant une mortalité infantile assez élevée.
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Direction Solola en bus pour le jour du marché
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Moins touristique que celui des autres villages, les autochtones y viennent
faire leur course et la place du marché, où les bus ont un arrêt permanent,
brasse pas mal de monde de tout les alentours
.
Un morceau de vie locale qui n'a rien d'extraordinaire mais que j'ai plaisir
à observer.
Ensuite,
sur les conseils d'une vieille vendeuse de Pana qui voulait m'emmener
voir son village, je pars à Nahuala via Los Encuentros, le point
de passage qui mène dans toutes les directions. Nahuala est effectivement
un petit village, perdu dans un joli paysage à l'écart des courants touristiques.
Tous les villageois que je croisent ne semblent pas revenir de voir un étranger
chez eux et me saluent chaleureusement à chaque rencontre. Très accueillants,
à part un ivrogne qui prétend que la tradition guatémaltèque veut que je lui
paye à boire. Je fais mine de ne pas comprendre et il me laisse tranquille.
Cette ébriété n'est pas inhabituelle, l'alcoolisme est bien présent dans tout
le pays. Il n'est hélas pas rare de voir des hommes tituber dans les rues
ou allongés sur les trottoirs en train de cuver leur vin... La gaité et la joie
de vivre ambiantes masquent des conditions économiques difficiles.
Une femme m'aborde pour me proposer ce qu'elle a à vendre. Elle m'emmène chez elle, une maison austère au toit de tôle, où elle a un bric à brac d'objets en bois et de tissages dont certains ont plus de 80 ans à ses dires. Elle vend aussi des statues en bois de différentes confréries de rite païen qui m'échappent. Rien ne m'intéresse vraiment, elle m'emmène chez une copine mieux achalandée en tissu. Je finis par craquer pour deux pièces de tissus qui lui ont demandées chacune deux mois de travail.
Je repars content d'avoir vu un peu de la vie intérieure du pays.
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