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Après une bonne heure et une soixantaine de kms agréables sur une bonne route passant par de nombreux villages, le minibus pénètre dans la jungle jusqu'au sas du parc national où l'on paye l'entrée. Sas, parce que, passée cette arche de béton incongrue au milieu de nulle part, c'est un autre univers qui s'ouvre.
Le dépaysement se fait petit à petit. D'abord par 5 kms d'une petite route en pleine forêt, un peu curieuse car déserte. Ensuite c'est l'entrée du site en lui-même, rien de bien particulier ici, avec des parkings, les bâtiments des musées, quelques restaurants et les inévitables magasins de souvenirs. Ensuite, et c'est là où l'aventure commence vraiment, un sentier s'enfonce lentement dans la jungle.
D'abord ça ressemble à une forêt normale et puis,
assez vite, les arbres se densifient, le ciel disparaît petit à petit pour laisser
place à un tunnel vert et moite dont on ne voit pas la fin. De puissantes odeurs
végétales s'épandent dans l'air lourd. Des bruits inhabituels emplissent petit
à petit l'espace : craquements, bruissements en tout genre, grattements proches,
grondements et rugissements au loin... Des choses tombent des arbres sans qu'on
puisse les identifier, des animaux invisibles s'éloignent dans la verdure, on
n'entend que leurs bruissements. Au détour du chemin, une famille de coatis,
à peine méfiants, traverse le passage de leur démarche chaloupée, presque
dansante. Des toucans et d'autres choses ailées zébrent l'air dans un vrombissement.
Après quelques centaines de mètres, un amas de pierres, tout juste un monticule
étranger à la nature, émerge du feuillage. Pas encore un monument, juste un
souvenir d'homme. Et puis, dans une trouée, plus loin, surgit une pyramide de
pierre, grise et noire, entourée de grands arbres respectables. Une étrange
force s'échappe de ces mastodontes avec une espèce de sauvagerie maléfique que
l'on sent presque prête à se réveiller.
El mundo perdido est sans doute mon lieu préféré avec ses grands arbres
et sa majesté calme et sauvage
.
La plaza mayor est très imposante et incontournable dans la visite
mais elle n'a pas son charme
.
Le temple IV, recouvert de verdure et plus haut monument du site, ne
vaut guère que par son sommet de 64 m d'où l'on a un point de vue surplombant
la canopée, percée de sommets de temples
.
A moins d'y être au lever du soleil et comme c'est plutôt loin de l'entrée,
mieux vaut ne pas s'y précipiter pour pouvoir profiter au maximum des animaux
(plutôt dans le premier tiers du parcours jusqu'à la plaza mayor) qui
se raréfient au fur et à mesure que la journée avance.
Le climat chaud et humide les détériorant très vite, les sculptures sont rares
mais toujours saisissantes. Ainsi cet immense masque impassible bordant la plaza
mayor que l'on imagine avoir assisté à d'effroyables cérémonies. Quelques
sculptures sont conservées dans les deux musées du parc. Le museo litico
avec quelques stèles élimées, même si gratuit, est un peu chiche. Le second,
que je n'ai pas visité, est plus riche et un bon complément à la visite semble-t-il.
Je déjeune dans un restaurant du parc où une troupe de retraités américains débarque peu après. J'ai le malheur de surprendre la conversation d'une femme qui s'extasie par un "ça ressemble à Jurassic Park !". Désolant. Je reviens avec la navette du début d'après-midi.
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