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Mardi 2 Août |
Cette première nuit en pleine nature a été agitée. Les cris des babouins se battant m'ont réveillé en pleine nuit. Quand on n'a jamais entendu ces jappements et ces grognements puissants, ça fait un gros effet!... Et puis un éléphant est venu aux pieds des tentes qui sont le plus proches de l'eau. Leurs occupants ont eu quelques sensations pour le reste de la nuit...
Nous repartons en mini-bus mais du côté de Buffalo Spring, une autre réserve, qui n'est séparé de Samburu que par la rivière près de laquelle nous avons dormi. Pas de gros animaux pour cette balade, sinon quelques éléphants et quelques buffles à distance. Petit déjeuner et démontage des tentes avant de repartir pour une longue route, direction Maralal.
Ce sera de la piste tout du long avec de longues portions rectilignes. Nuages de poussière brune annonçant les véhicules de loin. Le nôtre a de nouveaux des problèmes: il se met a chauffer subitement. Nous sommes contraints de nous arrêter à plusieurs reprises pour vider des litres d'eau sur le moteur et le refroidir. Il faut dire que nous traversons de grandes étendues arides sous un soleil qui cogne dur. Une longue horizontalité rougie de latérite, rompue d'énormes rochers ronds, comme tombés du ciel, et plantée de termitières.
Nous nous arrêtons pour manger au milieu de nulle part. Des femmes samburus qui transportent du bois sous le soleil de plomb, venant on ne sait d'où, s'arrêtent devant nous. J'essaye d'engager la conversation mais aucune ne parle anglais et guère swahili. Elles refusent de se faire photographier ou alors pour 1000 shillings, voire 400 après quelques palabres basiques avec notre guide. Je ne suis pas tenté malgré leurs habits colorés et les nombreux colliers qui les parent. Les trois femmes du début sont rapidement rejointes par d'autres qui transportent aussi du bois sur leur dos. Elles s'asseyent de l'autre côté de la route et nous observent tout le temps du repas. Un retournement de situation de l'observateur devenu observé qui laisse un certain malaise.
Nous reprenons la route qui se poursuit presque interminable. Les paysages
redeviennent verts avec des montagnes volcaniques coniques et pointues. La piste
n'en finit plus de partir en poussière. Et puis, presque soudainement, nous
arrivons sur un plateau d'herbe verdoyante. Troupeau de chèvres et de dromadaires
se succèdent accompagnés le plus souvent d'un gamin
.
Des zèbres profitent également des paturages. Les samburus que nous croisons
ici nous saluent souvent de la main, c'est réjouissant. Ultime arrêt à Maralal
pour faire le plein avant notre destination finale sur les hauteurs.
Le dernier bout de piste est tout en pente et complètement cabossé. Il serpente sur des collines abruptes et très vertes. Enfin, nous arrivons sur un plateau surplombant la vallée du Rift. Sublime vision du coucher de soleil sur la vallée qui se devine tout en bas dans la brume montante . Un samburu en habit traditionnel m'aborde et nous parlons des 9 femmes qu'il désire épouser, chacune devant lui donner 9 enfants qu'il nourrira avec ses 3000 vaches... Son troupeau de 150 bêtes se devine en têtes d'épingles au fond de la vallée. Je fais des photos du coucher de soleil et les lui montre sur l'écran. Il me demande si je peux le prendre et lui envoyer des clichés. J'ai mieux à lui proposer et je lui donne un polaroïde. Sourire radieux. Et contagieux également, car trois de ses compagnons me demandent de leur tirer le portrait. Je finis par mettre le hola avant que tout le plateau ne vienne. Les quatre du début acceptent de bonne grâce que je les photographient en retour. Malheureusement, la nuit est presque tombée et les clichés sont flous. Tant pis, ce petit échange était agréable quoi qu'il en soit.
Nous montons nos tentes ... dans une bâtisse, une espèce
de petit hangar vide ! C'est sage car le vent qui souffle est très froid,
nous sommes à 2400 m d'altitude. Nos chauffeurs ont fait chauffer de l'eau et
ceux qui le veulent auront droit à une douche chaude. Le grand luxe en pleine
nature. Le repas se poursuit tard par de longues discussions à refaire le monde
qui nous font presque oublier le froid ambiant.
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Les nuages de cette nuit se sont dissipés et nous déjeunons devant ce panorama
splendide. Nous partons pour une balade de trois heures jusqu'à une falaise
qui domine elle aussi la vallée. La végétation ressemble à celle qu'il y a chez
nous, exception faite du lichen qui s'accroche aux branches en longues traînées.
Après une marche en sous-bois avec nos deux guides samburus nous arrivons
au bord du surplomb d'où l'on peut voir le lac Maralal par temps clair.
Il y a toujours un peu de brume sur les lointains mais ca n'empêche pas la vue
d'être jolie.
Hier j'ai également discuté avec un vieil homme qui habite tout près de notre camp, un ancien soldat de l'armée britannique qui parle très bien l'anglais. Il m'a dit qu'il y avait une importante cérémonie religieuse samburu qui débute aujourd'hui-même sur le plateau. Elle réunit des centaines de jeunes du coin pour leur passage à l'état de morane, c'est à dire de guerrier. C'est l'occasion de grandes fêtes qui rassemblent tous les villages alentour. J'ai demandé hier à notre guide s'il était possible d'assister au rassemblement mais elle a noyer le poisson. Coincidence ou non, elle nous présente le maître d'école et responsable de la communauté locale pour nous emmener précisément à cette cérémonie !
Nous allons dans le village construit uniquement pour l'occasion par les
mères des prétendants moranes et leurs filles. Il sera détruit en apothéose
par le feu à l'issu de la circoncision des jeunes hommes, ce qui scellera leur
nouveau statut. Nous arrivons alors qu'une foule importante est déjà là
.
Il y a un moment de flottement alors que nous demandons l'autorisation de prendre
des photos. La guide a payé pour que nous puissions assister à l'événement mais
il semble que ça ne comprenait pas les photos. Ces rétributions, dont nous
ne sommes pas toujours au courant, sont en fait un moyen de développement local
pour que le tourisme profite également à la population. C'est ainsi que la réserve
de Masai Mara est co-gérée par les tribus masais qui obtiennent
ainsi une compensation pour les terres qu'ils ne peuvent plus utiliser du fait
de la préservation des animaux. Le maître d'école et les anciens palabrent quelques
instants en cercle avec la guide et les chauffeurs et finissent par accepter
notre demande de bonne grâce. C'est heureux car je n'aurais pris aucun cliché
sans cet accord malgré le spectacle qui s'offre à nous.
Les futurs guerriers sont habillés de noir et dansent en cercle en sautant
au rythme d'une mélopée que chacun chante
.
C'est à celui qui sautera le plus haut pour montrer sa valeur et sa force. Ils
sont accompagné par de jeunes filles. Elles sautent également en rythme mais
sans rivaliser de hauteur et avec un mouvement du cou qui balance leurs nombreux
colliers d'avant en arrière
.
Ce sont les fiancées des futurs moranes qui seront excisées lors
de la même cérémonie. Certaines ont à peine 12 ou 13 ans... L'instituteur nous
fait faire le tour du village en nous montrant les cases en construction. Il
nous fait entrer dans celle que sa femme est en train de finir. Il faut se courber
bien bas pour y pénétrer car elle ne doit pas dépasser 1,50 m.
Elle est faite de branches élaguées et plantées dans le sol où sont glissées
des branches avec leurs feuilles. Un mélange de bouses de vache et de terre
est plaqué sur celles-ci afin d'assurer l'isolation. L'ensemble ne fait guère
plus de 2m sur 4 et contiendra un lit pour les parents, un pour les enfants
ainsi qu'un foyer en guise de cuisine. Il fait une forte chaleur à l'intérieur
où brûle un feu dont la fumée à envahie le plafond, on n'y échappe qu'assis.
Ce feu en pleine journée est sans doute destiné à accélérer le séchage, la chaleur
est presque intenable. Même avec ces flammes, on n'y voit goutte tant la construction
est hermétique au soleil extérieur. C'est un choc de comprendre le quotidien
dans cet espace exigu et rudimentaire. Je sors à moitié assommé mais heureux
de cette prise de contact avec la réalité. Dehors, la communauté est rassemblée
de façon informelle autour des jeunes et sous l'oeil des anciens qui ont un
air goguenard. Un cercle de femmes
s'est
formé au centre du village autour des productions qu'elles proposent à la vente.
Colliers et bracelets en perles côtoient des gourdes fabriquées à partir de
calebasse et des tabatières décorées. Chaque femme négociera le prix qu'elle
attend avec ceux d'entre nous qui souhaitent acheter. Le reste du groupe s'égaille
alentour. J'essaie de communiquer avec les villageois qui m'entourent mais la
barrière de la langue limite hélas la conversation, peu parlent anglais. Le
courant passe bien avec les enfants
qui
s'amusent de se voir dans nos appareils photos et les adultes ne sont pas en
reste. Les danses se poursuivent sur un rythme hypnotique qui me transporte
hors du temps. Il y a quelque chose d'ancestral ici qui plonge au fond de l'âme
pour réveiller des sentiments primitifs que je ne soupçonnais pas. Nous quittons
le village avec un tréssaillement intérieur et le regret de ne pouvoir y rester
davantage.
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Trois samburus nous accompagnent pour la randonnée d'aujourd'hui. L'un
d'eux porte les atours du morane dont la lance est le symbole le plus fort.
Il me dit le bonheur de cette riche vallée qu'il ne se lasse jamais d'admirer.
Je le comprends sans peine. Nous commençons la descente par le chemin des vaches
que nous croiserons et doublerons pendant tout le parcours jusqu'en bas
.
Nous atteignons cette fameuse vallée, 3 ou 4 heures plus tard, après 600m de
dénivelé qui n'en finissait plus. Le fond de la vallée ondule de petites collines
couvertes de hautes herbes et d'acacias. C'est un paradis pour troupeau
car il n'y a pas de prédateurs en temps normal. Après un repas et une courte
sieste à l'ombre des arbres, c'est la remontée qui commence sous un soleil de
plomb. Il nous faudra 2 ou 3 heures de montée qui s'apparente plus à de l'escalade
que de la randonnée tant la pente est raide.
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