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Jeudi 11 Août |
Nous partons par une bonne piste pour la fameuse réserve. Arrivée au tented camp: camp de tentes améliorée avec de vrais lits. Il y a aussi des douches avec eau chaude produite par de gros réservoirs chauffés au bois et des toilettes avec cuvette. Les tentes et les lits ont connu de meilleurs jours et les douches ont un débit et une température erratiques mais ce confort est appréciable. Il y a même de l'électricité en soirée, grand luxe que nous avons perdu au départ de Nairobi.
La piste qui mène à la réserve est défoncée pendant vingt bonnes minutes
avant que nous n'atteignons l'entrée. Des vendeuses de bracelets tentent leur
chance sans succès alors que nous franchissons les grilles. Le temps paraît
interminable sur cette piste qui serpente dans une forêt clairsemée. On ne voit
guère que quelques dik dik
et des impalas. Il y a des habitations au loin, nous longeons probablement les
limites du parc. Et puis les arbres laissent place à de l'herbe jaune et sèche
qui s'étend bientôt à perte de vue sur une plaine doucement bosselée
.
Zèbres et gnous commencent à apparaître
,
souvent accompagnés de gazelles de Grant.
De grands nuages de fumée s'élèvent à peu de distance derrière une colline proche. Nous ne tardons pas à atteindre l'endroit sous une faible pluie qui fait naître un magnifique arc-en-ciel en demi-cercle parfait. Le sol exhale une forte et acre odeur de terre brûlée amplifiée par la pluie qui s'évapore dans une légère brume. Il y a une sensation de virginité de début de monde dans ce flot d'odeurs et de couleurs. Les contrastes se bousculent, entre le soleil qui exacerbe le noir du brûlis et le jaune paille des étendues qui ont échappé à l'incendie. Celui-ci est volontaire et se pratique normalement juste avant les premières pluies. Celles de l'an passé n'ont pas eut lieu alors les feux de cette année sont en avance.
Deux ou trois mini-bus comme le nôtre sont en arrêt autour d'une étendue brûlée.
Le moindre animal intéressant attire immanquablement une noria de véhicules,
nous nous approchons aussi. Sur un espace épargné par le feu, un lion se tient
immobile sous la pluie qui s'achève. Il regarde avec une certaine langueur la
plaine calcinée autour de lui
.
Il se sèche avec lenteur et lèche longuement une de ses pattes légèrement blessée
.
A une dizaine de mètres, deux lionnes allongées surveillent trois lionceaux
turbulents. Ils se mordillent avec des petits feulements en jouant sur le dos
de leur mère. Notre présence insistante et rapprochée indiffère les fauves.
Ils finissent par se lever pour partir sans empressement
.
Nous poursuivons notre route. Zèbres et gnous, inséparables, sont partout
en troupeaux plus ou moins grands.
Les
hautes herbes masquent en partie leur corps mais plus encore celui des lions
et lionnes dont le pelage est à peine plus foncé que l'herbe
.
Nous assistons à la chasse d'une lionne. Elle avance lentement, tapie, vers
un groupe de zèbres dans le jour qui décline. Les herbes la masquent bien mais
les zèbres ont tôt fait de la repérer. Quelques uns lèvent la tête en direction
du fauve et s'arrêtent de brouter. La lionne continue son approche mais dès
qu'une distance de sécurité est franchie, les équidés décampent rapidement.
Le soleil est bas sur l'horizon, il se teinte de rouge au milieu des nuages.
Rare coucher de soleil qu'il nous sera donné de voir, c'est pour ainsi dire
le premier auquel nous assistons. Dans le crépuscule, un guépard apparaît au
détour de la piste, allongé en plein milieu du chemin
.
Il finit par bouger pour s'asseoir dans l'herbe, indifférent à un troupeau de
gnous qui passe un peu plus loin en un long ruban galopant.
La nuit est tombée maintenant et nous rentrons dare-dare. Les rangers nous arrêtent à la sortie. Nous avons dépassé l'heure légale d'une bonne demie-heure et il faudra parlementer longtemps avant de pouvoir repartir. Nos chauffeurs prétextent une crevaison mais ils écoperont d'une amende.
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Nous repartons dans la réserve. Il fait beau aujourd'hui et nous croisons pour
commencer de nombreux éléphants
.
Alors qu'hier nous n'avions rien vu de tel, aujourd'hui nous apercevons souvent
des vols d'oiseaux tournoyants autour de points fixes. Nous nous approchons
de l'un d'eux. Ce sont des vautours sur une dépouille de zèbre. Sa tête est
réduite à l'état de crâne et son cou n'est plus qu'une suite de vertèbres sanguinolentes
.
Les vautours plongent dans ses entrailles jusqu'aux épaules et ressortent le
cou rouge de sang pour avaler la chair dans un claquement de bec. La scène est
impressionnante.
Nous poursuivons la piste en croisant des troupeaux de gnous en file indienne
sur des kilomètres. Un peu plus loin, un couple d'autruches masais se
fait la cours avec force courbettes, ailes déployées
.
Nous arrivons près d'un point d'eau survolé de vautours. Ils restent en hauteur,
comme en attente. Il doit y avoir une carcasse pas très loin mais surtout un
couple de lions à l'ombre d'un bosquet près de l'eau. Un héron est à quelques
mètres sur le bord de la mare pendant qu'une gazelle de Thomson vient se désaltérer
presque sous les pattes des lions. Elle les surveille mais ne semble pas trop
inquiète
.
Paradoxalement, deux hyènes que l'on a vu arriver de loin sont à distance plus
respectueuse que le bovidé. Le tableau est assez irréel.
Autre rassemblement de véhicules un peu plus tard autour d'un bosquet. Une
femelle guépard et ses trois "petits" y prennent l'ombre
.
Ils sont allongés et halètent rapidement pour diminuer la chaleur de leur corps
sous le soleil qui tape dur. Soudain, la mère se redresse, elle fixe quelque
chose, immobile, les yeux rivés au loin
.
Elle se détends en une fraction de seconde et file comme une flèche. Sa course
est immédiatement rapide et d'une souplesse étonnante. A peine quelques zigzags
dans les hautes herbes et elle s'arrête brutalement une centaine de mètres plus
loin. Sa progéniture l'a suivi avec un léger décalage mais avec la même célérité.
Nous les rejoignons. La mère a attrapé une gazelle qui ne bouge déjà plus
.
Il a suffit de quelques secondes pour toute la scène. La mère traine sa proie
par le cou pendant que les trois autres félins sont tout agités et nerveux autour
d'elle. Ils s'éloignent des véhicules, la mère en tête avec sa proie, vers un
buisson à l'écart. Nous les laissons à leur repas pour ne pas perturber davantage
ces animaux craintifs.
Nous faisons halte près d'un cours d'eau à la frontière avec la Tanzanie
que marque symboliquement une imposante borne. Les animaux sont évidemment semblables
de part et d'autre de la délimitation et se jouent de notre distinguo par leur
migration. Le fleuve n'est pas très haut mais suffisamment pour cacher complètement
d'énormes hippopotames. On ne voit guère que leurs narines et leurs oreilles
dépasser de temps à autre. Nous verrons les mastodontes sortir sur le bord pour
un petit bain de soleil. Il y a toute une famille avec trois ou quatre petits
qui se chamaillent en ouvrant grand la gueule
.
Déjeuner aux abords des rives gardées par des rangers sérieusement armés. Les
énormes ruminants pourraient en effet charger les inconscients qui s'approcheraient
trop près au mauvais moment. Nous nous disputons presque avec les vervets qui
ont immédiatement repéré que nous mangions
.
L'un d'eux vient même voler une banane à nos pieds. Il semble nous narguer en
la dégustant sur une branche, hors de portée, tout en gardant toujours
un oeil sur nous. Un signe qu'il ne faut pas grand chose avant que le touriste
ne dénature ce bel environnement.
Nous quittons la réserve pour une halte dans un lodge de luxe où il y a une piscine, qui, finalement, ne nous tente pas. Les chauffeurs ont un peu forcé l'allure pour y arriver et l'un de nos deux mini-bus n'a pas résisté à un caillou sur la piste: un amortisseur s'est cassé. Il ne faudra pas plus de deux heures pour le remplacer, on ne sait où. Nous rentrons en ne croisant que quelques girafes dans le soir qui tombe.
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Départ pour être à l'entrée de la réserve pour son ouverture à 6h30. Nous poireautons quelques minutes. Il semble que nos chauffeurs n'aient pas réglé l'amende pour notre passage tardif l'autre jour. Nous passons finalement les grilles pour emprunter d'étroits chemins où les véhicules ne peuvent se croiser. De hautes herbes bordent la voie et masquent les animaux. Sauf les girafes dont nous croisons un groupe de 4 ou 5 individus, toujours aussi graciles.
La matinée passe vite au milieu de zèbres, de gnous et d'une lionne qui se cache pour manger. C'est le signal du retour pour une longue route jusqu'à Nairobi. Le temps se couvre au fur et à mesure que nous approchons de la capitale. Nous nous arrêtons à Narok pour acheter des sandales en pneu. Nous finissons par en trouver sur un petit marché. La situation fait rire tout le monde et surtout les kenyans. Notre guide s'égard pour rejoindre les véhicules et nous traversons des ruelles qui ne doivent pas voir passer beaucoup de touristes. Les ruelles sont noires, jonchées de sacs plastiques et de détritus. La population sourit la plupart du temps en nous voyant. Surtout avec les deux membres du groupe qui étrennent leur sandales toutes neuves, leurs chaussures à la main. Les enfants nous lancent des "how are you?" mais leur vocabulaire anglais ne leur permet apparemment pas de rebondir sur nos réponses. L'activité principale semble la fabrication de charbon que les gens transportent dans de grands sacs. Des poules picorent les poubelles alors qu'un petit escroc tente de nous attirer avec un tour de bonneteau vieux comme le monde. Nous entendons un haut parleur débiter d'autres boniments. C'est de nouveau une manifestation religieuse auxquelles, décidément, on n'échappe pas longtemps en ville.
Les univers se télescopent dans cette petite ville de Narok. Nous repartons et je suis un peu sonné de tous ces contrastes dans la même journée avec les souvenirs du voyage en tête. Nous arrivons tard à Nairobi où nous prenons un dernier repas en commun dans un bon petit restaurant.
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C'est le départ pour la France. A l'aéroport le ciel est gris et une immense queue déborde du terminal pour toutes les destinations confondues. Je suis déjà dans le retour depuis hier, la tête pleine de belles images qui ne sont pas prêtes de s'effacer. Kwaheri à Amélie, Caroline, Cécile, Claire, Guillaume, Manu, Mathieu, Laurence et Sylvie, merci pour le voyage !
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